Les Temps nouveaux chez Pierre Saunier
Jean Grave, Élisée Reclus, Pierre Kropotkine
Les Temps Nouveaux – Paraissant tous les Samedis. Avec un supplément littéraire
Détails de l’ouvrage
Paris, Au siège, 140 rue Mouffetard, 1895 – 1912; 4 volumes in-plano et 6 volumes in-4, demi-chagrin noir, dos à nerfs (reliure d’époque).
8 000 €
Collection presque complète : de la première année, du premier numéro, 4 mai 1895, au numéro 52 du 27 avril 1912 (17eme année). Sans les deux dernières années (et trois mois) de mai 1912 à août 1914 (la collection complète comporte 982 numéros dont deux doubles) – le journal cesse de paraître avec la première guerre mondiale après le numéro 15 du 8 août 1914. Collection surtout complète de ses Suppléments littéraires publiés de mai 1895 à avril 1912.
Les Temps Nouveaux fait suite au Révolté fondé en Suisse par Pierre Kropotkine en 1879. En 1883, à l’initiative d’Élisée Reclus, le jeune militant anarchiste Jean Grave, qui a déjà quelques articles publiés dans Le Révolté, rejoint Pierre Kropotkine pour le seconder. En 1885 le journal déménage à Paris, disparaît en 1886 après une lourde condamnation pour avoir organisé une tombola d’auto-financement, et reparaît sous un nouveau titre, La Révolte, jusqu’en mars 1894 où, cette fois, il est interdit pour apologie de la dynamite lors du procès des Trente. Le 3 mai 1895, le journal renaît sous le titre : Les Temps Nouveaux. Jean Grave – le pape de la rue Mouffetard (il suscite envies et jalousies) – en devient la figure centrale, l’administrateur et le directeur de la rédaction, l’homme à tout faire, entouré d’un premier cercle de collaborateurs, André Girard, Charles Benoît, Charles Albert, Paul Delesalle et les docteurs Marc Pierrot, Edouard Duchemin et Alfred Mignon – Pierre Kropotkine et Élisée Reclus, atouts doctrinaux essentiels, parrainent la publication.
Ni publicité, ni cancan – par ces temps de tripotages financiers, de réclame sans vergogne, la presse est devenue la servante de la banque et du commerce. Il est admis aujourd’hui qu’un journal ne peut vivre sans bulletin financier et qu’en abandonnant sa quatrième page aux petites correspondances amoureuses, aux marchands de « curiosités », aux charlatans de la « spécialité ». Sans capitaux et sans avance nous lançons notre journal, ne comptant que sur l’appui du public intellectuel et la bonne volonté de ceux qui nous connaissent. Nous n’insérerons ni bulletin financier, ni réclame payée, ni annonces commerciales, n’espérant pour faire vivre notre journal qu’en la seule vente de ses numéros. Cette tentative réussira-t-elle ? … (Avis au lecteur) – Les Temps Nouveaux dura quand même dix-neuf ans, vingt-neuf ans si l’on prend en compte Le Révolté et La Révolte, un record de durée pour la presse anarchiste.
Pratiquement tous les collaborateurs sont bénévoles, écrivains et poètes avant-gardistes, symbolistes, décadents, naturalistes, en phase avec les idéaux anarchistes et libertaires des Temps Nouveaux, apportent gracieusement leurs contributions aux Suppléments littéraires. Les peintres ne sont pas en reste – comme le groupe des néo-impressionnistes – qui offrent au journal, dessins, lithographies et des toiles pour les tombolas – malgré tout, le journal restera toujours déficitaire. Parti sur les chapeaux de roues, le tirage est au début de 18 000 exemplaires puis passe très vite à 8 000. Il se stabilise autour de 5 000 exemplaires, sur lesquels il faut compter environ 1 100 abonnés et 4 000 acheteurs au numéro.
Hebdomadaire de grand format (36,5 x 26 cm) de 4 pages plus 4 pages de supplément littéraire de plus petit format (26 x 18 cm) – il compte 8 pages (mais toujours 4 pages de supplément littéraire) à partir du 13 février 1904 – à cause de difficultés financières le journal devient bimensuel de mai 1909 à janvier 1911 mais redevient hebdomadaire de février 1911 à août 1914.
Les cinq premiers volumes des Suppléments littéraires comportent un frontispice lithographié en couleurs par : Georges Willaume (Les Temps Nouveaux 1895-1897), Maximilien Luce (Le drapeau rouge), Camille Pissarro (La Charrue 1901), Henri Lebasque (La mère ou l’usine, 1902), Hermann-Paul (Le prêtre et la petite fille, 1905-1908). A noter que la numérotation des suppléments est parfois fantaisiste mais leur pagination rigoureuse est bien suivie (il ne manque rien).
Parmi les collaborateurs des Suppléments littéraires (pour ne citer que les plus connus parmi les jeunes contemporains) : Paul Adam, Ajalbert, Alphonse Allais, Barrès, Henry Bauer, Maurice Beaubourg, Léon Bloy, Robert Caze, Clémenceau, Léon Daudet, Georges Darien, Lucien Descaves, Eekhoud, Henry Fèvre, Anatole France, Hector France, Gustave Geffroy, Goncourt, Georges Hugo, Huÿsmans, Ibsen, Lucien Jean, Jean Jullien, Bernard Lazare, Georges Lecomte, Camille Lemonnier, Gaston Leroux (mais oui), Leyret, Jean Lorrain, Maeterlinck, Henry Maret, Louis Ménard, Octave Mirbeau, Charles-Louis Philippe, Pouvourville, Pierre Quillard, Jules Renard, Adolphe Retté, Jean Richepin, Rosny, Severine, Laurent Tailhade, Verhaeren, Verlaine, Villiers de l’Isle-Adam, Wells, Oscar Wilde, Willy, Xau, Zo d’Axa, Émile Zola, etc.
(On peut ajouter à ce florilège des plus anciens, avec des textes puisés chez les Bakounine, Blanqui, Carlyle, Ernest Cœuderoy, Joseph Déjacques, Dumas, Emerson, Fourier, Godwin, Gorki, Herzen, Hugo, Kropotkine, William Morris, Nietzsche, Novicow, Pioger, Proudhon, Quinet, Reclus, Revel, Herbert Spencer, Stendhal, Max Stirner, Claude Tillier, Tolstoï, etc.).
De juin 1905 à octobre 1907, le journal comporte un grand dessin en noir, reproduit à pleine page en fin de numéro, offert gracieusement par les amis peintres pour soutenir le journal : Maximilien Luce, Jossot, Hermann-Paul ou Delannoy pour les plus importants donateurs, mais aussi Kupka (pour une demi-douzaine de dessins), Van Dongen (cinq dessins) Van Rysselberghe, Naudin, Couturier, Delaw, Iribe, Manzana, Steinlen, Roubille, Relete ou Paul Signac pour mentionner les plus connus. Les Suppléments littéraires des années 1905 1908 ont également des illustrations dans le texte de ces messieurs.
Une coiffe abimée, papier frotté sur une ou deux reliures, bon exemplaire cependant – très probablement la collection d’un abonné.
Vraiment rare !
Pour information, consultez le livre de Carole Reynaud-Paligot, Les Temps Nouveaux, 1895-1914, Un hebdomadaire anarchiste au tournant du siècle, Acratie, 1993.
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7/04/2026











