« Sortir des sables mouvants »
Demain soir vendredi 10 octobre à 19h30 aux Fleurs Arctiques, discussion
« Sortir des sables mouvants » !
https://lesfleursarctiques.noblogs.org/?p=3438
Le texte de présentation de la discussion :
« Je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de
naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile
lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur ; le siècle
présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un
ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à
chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris. »
Alfred de Musset, La confession d’un enfant du siècle
Si l’air du temps s’avère difficilement respirable jusqu’à ce qu’une
poussée révolutionnaire vienne balayer ce smog fait de travaillisme,
d’exploitation, de judiciarisme, de pouvoir, de seum, de développement
personnel, d’obéissance et de dominations imbriquées, il appartient à
ceux qui aspirent à un vent émancipateur de comprendre de quoi cet
étouffement est fait, plus précisément, qu’est-ce qui en cause
l’épaisseur ici et maintenant. On s’attache à en discuter régulièrement
ici quand on parle de la postmodernité, en essayant aussi de comprendre
pourquoi les critiques de cette époque virent souvent à la Réaction. On
voudrait aujourd’hui poursuivre ces questionnements en se demandant d’où
vient le fait que, alors que, comme tous les révolutionnaires, on vient
après plusieurs générations qui ont élaboré autour de cette question, on
a aujourd’hui une impression d’évoluer dans un vide conceptuel
déroutant. Les dites « grandes hypothèses » ont fait leur temps (et tant
mieux) sans pour autant que le champ ouvert soit investi par des
perspectives confrontatives et émancipatrices. On se demande si ce qui
semblait encore tenir debout comme analyses à poursuivre ou auxquelles
se confronter n’était pas que des restes en cours d’érosion, désormais
impalpables, et c’est bien souvent le pire qui perdure encore. L’extrême
gauche se plaît à ventiler du folklore tankie, l’anarchisme devient un
cosplay compatible avec l’appel au vote, on peut désirer « l’ordre moins
le pouvoir » sans se souvenir que Proudhon est une raclure misogyne et
antisémite, tout en portant l’anti racisme et le féminisme en
boutonnière, et surtout on dirait qu’il n’y a plus de sol sur lequel
marcher, courir, lancer des pavés, lutter.
Beaucoup de camarades et compagnons plus expérimentés semblent penser
que le niveau des réflexions et des pratiques politiques a chuté
drastiquement ces quinze dernières années. De fait, les structures
formelles et informelles qui permettaient à des individus parfois en
désaccord sur les tactiques et parfois sur le fond de discuter,
débattre, parfois s’embrouiller (de façon féconde, ou non), et surtout
tracer de nouvelles perspectives de luttes et de solidarité offensive
semblent toutes avoir été détruites, par à-coups, par la répression,
ainsi que par des militants arrivés plus récemment, et n’ayant pour la
plupart pas connu ces espaces et formes d’organisation, ni profité de
l’atmosphère de transmission pratique et théorique des plus expérimentés
dont les générations précédentes bénéficiaient. C’est aussi une certaine
forme d’internationalisme qui se perd lorsque tout semble rivé à gauche
sur des problématiques franco-françaises, s’expliquant par un retour de
la gangrène nationaliste, particulariste, raciste et racialiste à
gauche. Comment ces espaces de réflexion et d’organisation
anti-autoritaires sont-ils tombées ? Que s’est il passé ? Pourquoi le
niveau théorique a t il chuté ? Pourquoi les pratiques courageuses ont
elles quasiment disparues ? Comment ce qui constituait une force
anti-politique qui faisait trembler le pouvoir (et que celui-ci appelait
la « mouvance anarcho-autonome ») a t il cessé de mettre l’ordre public
à mal au profit des partis politiques et des syndicats (abandonnant
ainsi le principe fondamental de l’autonomie), au profit d’une
pseudo-guerre définie comme culturelle ; idée gramsciste passée dans le
creuset de l’extrême droite puis revenue à gauche avec l’essor des
influenceurs/streamers et autres petites stars pathétiques de la
contestation, défendant des théories (parfois nouvelles parfois
anciennes) qui ne s’attaquent plus ni à l’État, ni au capital (qui, par
ailleurs, les finance et les chapeaute). Les « c’était mieux avant », la
nostalgie tendanciellement réactionnaire d’un passé toujours déjà lui
même insatisfaisant, ne nous satisferont pas, cherchons ensemble à
comprendre cette époque qui semble vouloir à tout prix nous empêcher de
lutter, avec la complicité du pouvoir et donc de la gauche du pouvoir.
Comment sortir du sable mouvant de l’apathie et de la dépolitisation ?
Cherchons des pistes.
A demain aux Fleurs !
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9/10/2025