L’Invention dialectique

Il s’agit de la première traduction française intégrale de L’Invention dialectique de Rodolphe Agricola (1444/5-1485), reprenant de nombreuses citations de ses deux commentateurs. Achevé en 1480, publié pour la première fois en 1515, l’ouvrage a eu une influence considérable sur la dialectique et la rhétorique.
Extrait :
Tout discours sur tout sujet, et même tout propos par lequel nous exprimons nos pensées a, semble-t-il, cet effet, cette fonction première et propre, d’apprendre quelque chose à celui qui l’écoute, de l’en instruire. De cela, quel indice plus assuré et plus approprié peut-on avoir que celui-ci : c’est à l’homme seul parmi tous les vivants, en tant qu’il est capable de comprendre et d’apprendre, que Dieu, qui engendre et crée les choses, a fait don de la parole et du discours ? Si donc le discours est le signe des choses qu’on saisit dans son esprit quand on le prononce, il est clair que la tâche propre de ce discours est de montrer [ostendere] et de développer [explicare] ce qu’il est destiné à faire entendre [significare]. Mais il ne m’échappe pas que, pour les plus grands auteurs, un discours achevé doit obtenir trois résultats : il faut qu’il instruise, qu’il émeuve, qu’il plaise [docere, movere, delectare].
Selon eux, il serait certes facile d’instruire, et tout homme peut y parvenir, pourvu qu’il ne soit d’un esprit totalement sans ressort : mais heurter l’auditeur avec des affects, transformer sa disposition d’esprit à volonté, de même le séduire, maintenir son attention par le plaisir d’écouter, cela n’échoirait qu’aux plus grands génies, inspirés par un souffle supérieur des Muses. Et, certes, je n’irai pas jusqu’à nier que ce sont là les dons supérieurs du bien dire et qu’ils se rattachent au discours ; cependant ils s’y rattachent plus exactement qu’ils n’en sont le produit, plutôt un ajout que son travail propre.

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13/07/2025