Herbier de prison de Rosa Luxemburg

Quoi de plus iconoclaste qu’un herbier composé entre quatre murs, sans l’étendue de la nature ? Au-delà des quelques fleurs et mauvaises herbes glanée dans la cour de la prison, Rosa Luxemburg reçoit par lettres de ses amies intimes des spécimens séchés ou des bouquets de fleurs fraîches qu’elle-même pressait. Aux planches de l’herbier répond ainsi tout une correspondance où il est question de botanique, de nature, de romantisme allemand, d’amour de toutes créatures, et cela, « en dépit de l’humanité ». Rosa Luxemburg ne cesse d’encourager ses proches à garder leur joie de vivre et leur gaieté alors que les nuages qu’elle entraperçoit par une fenêtre à barreaux se chargent des couleurs de la guerre et de l’acier.
L’herbier de Rosa Luxemburg est une archive sans équivalent. Composé de sept cahiers, datés d’avril 1915 à octobre 1918, sa fragilité et son histoire en font un témoignage de résistance et d’évasion, une fabrique de formes et de joie, un document sur le sentiment politique de la nature, fondement de toute écologie.
Herbier de prison est constitué de 133 planches botaniques accompagnées de la traduction des légendes manuscrites de celles-ci. Cet ouvrage recueille également une soixantaine de lettres, dans lesquelles la révolutionnaire évoque sa passion pour les plantes, ainsi que pour les animaux. Des documents inédits en français complètent le volume, notamment un journal où Rosa Luxemburg consigne les faits et gestes de sa vie d’incarcérée.
Herbier de prison a reçu le soutien de la Fondation Leenaards, de la Fondation Jan Michalski et de la République et canton de Genève.
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En février 1915, Rosa Luxemburg, qui vient de fonder la Ligue spartakiste avec Karl Liebknecht et affirme haut et fort son pacifisme, accusant aussi l’armée de maltraiter les soldats, est arrêtée et incarcérée à la prison pour femmes de la Barnimstrasse, à Berlin, pendant un an. Quelques mois après sa sortie, elle est de nouveau arrêtée, en juillet 1916, et placée en détention préventive pour toute la durée de la guerre. Elle est régulièrement transférée d’un lieu à un autre, de Berlin à la forteresse de Wronke, où elle a l’autorisation de cultiver un potager dans la cour, puis au pénitencier de Breslau (Wroclaw depuis 1945). Libérée le 8 novembre 1918, elle ne connaîtra que quelques mois de liberté avant d’être assassinée devant l’Hôtel Eden de Berlin.

« Herbier de prison », de Rosa Luxemburg, édition établie et préfacée par Muriel Pic, textes traduits de l’allemand par Claudie Weill, Gilbert Badia, Irène Petit et Muriel Pic, Héros-Limite, 360 p., 36 €.
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Muriel Pic.
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15/12/2023