Avec les domestiques

Si vous êtes une petite fille extrêmement baiseuse, si vous avez tout le temps la chemise pleine de foutre et les draps couverts de taches, branlez un peu la bonne pour qu’elle ne dise rien.
Ne sucez jamais le valet de chambre en présence de la cuisinière. Elle serait jalouse et vous dénoncerait.
En montant dans l’automobile de vos parents, n’embrassez pas le chauffeur dans le cou, même si vous lui êtes très reconnaissante de ce qu’il vient de vous baiser six fois.
Ne vous plaignez pas à madame votre mère de ce que la nouvelle bonne ne veut pas vous faire minette. Faites la chasser sous un autre prétexte.
N’enculez pas de force la femme de chambre avec un manche à balai. Vous pourriez lui faire très mal.
Quand votre bonne anglaise est endormie, ne lui coupez pas les poils pour vous faire des moustaches blondes.
Si la cuisinière veut bien vous laisser examiner sa connasse dans tous les détails, ne fourrez pas dedans du poil à gratter.
Si vous surprenez la fille de cuisine en train de se branler avec le rouleau à pâtes, ne le répétez pas à madame votre mère. Quand une pauvre fille est en chaleur, elle prend ce qu’elle a sous la main.
Ne faites pas feuille de rose à vos domestiques. C’est un service que vous pouvez leur demander mais qu’il est plus convenable de ne pas leur rendre.
N’entrez jamais à l’office en relevant vos jupes jusqu’à la ceinture et en criant : “Pinez-moi donc tous !” Ces gens n’auraient plus de respect pour vous.
Quelque soit la vénalité du valet de chambre qui vous enfile, ne lui donnez pas un bijou de madame votre mère chaque fois qu’il montera sur vous.
N’exigez pas d’une femme de chambre qu’elle vous fasse minette plus de deux fois par jour. Il ne faut pas fatiguer les domestiques.
Pierre Louÿs, Manuel de civilité pour les petites filles
à l'usage des maisons d'éducation
Retrouvez un Pierre Louÿs poète dans le premier numéro d'Amer, revue finissante, ici téléchargeable !
CATASTROPHISME,
ADMINISTRATION DU DESASTRE
ET SOUMISSION DURABLE
“Dans les discours du catastrophisme scientifique, on perçoit distinctement une même délectation à nous détailler les contraintes implacables qui pèsent désormais sur notre survie. Les techniciens de l’administration des choses se bousculent pour annoncer triomphalement la mauvaise nouvelle, celle qui rend enfin oiseuse toute dispute sur le gouvernement des hommes. Le catastrophisme d’Etat n’est très ouvertement qu’une inlassable propagande pour la survie planifiée -c’est-à-dire pour une version plus autoritairement administrée de ce qui existe. Ses experts n’ont au fond, après tant de bilans chiffrés et de calculs d’échéances, qu’une seule chose à dire : c’est que l’immensité des enjeux (des “défis”) et l’urgence des mesures à prendre frappent d’inanité l’idée qu’on pourrait ne serait-ce qu’alléger le poids des contraintes sociales, devenues si naturelles.”
René Riesel, Jaime Semprun
Un volume 14x 22 cm, 136 pages. Prix : 10 euros
isbn : 987-2-910386-28-3
Parution Juin 2008
Editions de l’encyclopédie des nuisances
80 rue de Ménilmontant, 75020 Paris.

Dame Barbara Van Mierris se baignait tous les matins devant un colossal Éthiopien. Par un raffinement de cruauté charnelle, cette ogresse blanche (c’en était une) avait attaché à son service intime cet Africain monumental, Messieurs, oui, ce nègre géant incendié pour elle des plus effrénés désirs. Elle se faisait lacer et chausser par lui ; c’était lui qui la sortait du bain, l’épongeait dans ses peignoirs de duvet de cygne, mais prudemment caleçonné de cuir, le caleçon du martyr, Messieurs, dans lequel cet homme se consumait captif, son désir effroyable gainé dans une geôle. C’est dans l’atmosphère de la plus torturante luxure que cette blonde et grasse Hollandaise s’épanouissait et se fortifiait elle-même contre nos entreprises. Elle vivait, avide d’émotions, dans la perpétuelle angoisse d’un viol et se plaisait à en constater l’éternelle menace. Ce naïf enfant du Désert, avec sa convoitise toujours allumée et toujours brandie sur elle comme un tison, était bien la statue noire de l’insatiable Convoitise… Statue de bronze, Messieurs, dont chacun de ses regards, chacun de ses gestes faisait vibrer le métal et dont elle avait fait le battant de cloche de sa tour d’ivoire, la tour d’ivoire où elle vivait enfermée, gardée par ce désir contre les nôtres, monstrueux pendule de l’horloge de sa chasteté.
Jean Lorrain, Monsieur de Bougrelon.