Les âmes d'Atala

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26/08/2010

Bandes d'enfants

Du 3 février 2011 au 4 février 2011,

Université d’Artois,

UFR des lettres et arts, 9, rue du Temple, 62000 Arras

Université d’Artois, EA 4028 « Textes & Cultures », axe « Littératures et cultures de l’enfance »

Appel à contributions

Colloque des 3 et 4 février 2011 : « Bandes d’enfants ».

Du trio au groupe plus important d’individus, la bande d’enfants, de « compagnons » est aussi appelée « club » ou «clan » : elle se caractérise par son organisation, ses lois, ses codes langagiers, vestimentaires et comportementaux, son territoire, ses rites (et notamment son rituel d’entrée), son histoire, son chef, ses différents membres occupant des rôles bien définis.

Dans le prolongement de son colloque sur « Troupes et jeunesse » dont les actes ont été publiés dans les Cahiers Robinson n°18, l’équipe d’accueil « Textes et cultures » de l’université d’Artois propose de croiser diverses perspectives pour mieux cerner ce concept de « bandes d’enfants ». Il s’agit principalement de réfléchir aux valeurs humanistes d’intégration et de solidarité sur lesquelles est fondée a priori la bande d’enfants et aux problèmes générés a contrario par l’exclusion, la traîtrise, le bouc émissaire. Le fonctionnement social de la bande mérite aussi d’être analysé : la bande d’enfants reproduit-elle l’organisation d’une société ou d’un groupe d’adultes, sur le modèle des sociétés secrètes par exemple ? Ou bien est-elle en rupture avec la société des adultes dont elle remet simplement en cause les valeurs ou contre laquelle elle se rebelle ouvertement ? La bande se définit-elle par la compétition, voire l’affrontement avec une autre bande ou bien par des impératifs de survie en temps de guerre ou de disette ?

Pour répondre à ces interrogations, on tentera de croiser les approches littéraires, historiques, sociologiques, éthiques, iconographiques ou cinématographiques. Il paraît nécessaire d’abord de situer historiquement la naissance, le développement et la dissolution des bandes d’enfants en se demandant à quelles conditions historiques et sociales ces phénomènes de bandes sont liés (guerres, famine, misère, révolutions ou bien prospérité économique). Il est intéressant de s’interroger tout particulièrement sur le lien avec les grandes révolutions et réformes qui ont scandé l’histoire du XIXe siècle. Par exemple, le rôle des gamins de Paris pendant la Révolution de 1830 contribue sans doute à l’image négative de la bande de jeunes qui subsiste aujourd’hui : Chateaubriand dépeint ces enfants armés qui ont participé aux trois Glorieuses comme des « singes laids et étiolés, libertins avant d’avoir le pouvoir de l’être, cruels et pervers »[1]. Peut-on parler d’un archétype de la bande d’enfants au même titre que celui du gamin de Paris[2], ou bien ce concept s’est-il forgé plus tard dans le siècle ? De grands changements semblent se produire avec l’avènement de la Troisième République qui rend la scolarité gratuite, obligatoire et laïque : désormais scolarisés et encadrés, les enfants se regrouperont dans des bandes sociabilisées, les scouts par exemple. La réécriture du roman de Louis Pergaud par Bertrand Rothé en 2009, Lebrac, trois mois de prison, peut ouvrir des pistes de réflexion sur l’évolution de la notion de bande d’enfants et sur les changements politiques et sociaux qui ont finalement transformé les héros de Pergaud en délinquants.

Ces approches historiques peuvent être mises en relation avec l’utilisation de ce phénomène de la bande dans la fiction littéraire. Outre les romanciers du dernier quart du XIXe siècle, ce sont surtout les auteurs comme Jules Romains ou Gide qui se sont servis du phénomène de la bande, non seulement pour donner à voir le foisonnement de la vie mais aussi pour faire le portrait subversif d’une société en décomposition : le premier, dans Naissance de la bande (Les Hommes de bonne volonté, tome 23, 1926) s’intéresse aux agitations d’un groupe d’étudiants qui ne sont plus à proprement parler des enfants, tandis que le second met en scène, dans Les Faux-Monnayeurs, une bande d’enfants pervertis, « la confrérie des hommes forts », qui trafique de la fausse monnaie et sape les valeurs morales. Le rapport entre l’école et la bande mérite aussi d’être problématisé, à partir de la Troisième République en France et de façon plus large en Europe au début du XXe siècle, comme en témoignent La Guerre des Boutons de Louis Pergaud, (1912), Les Désarrois de l’élève Törless de Musil (1906) ou bien L’Épopée du faubourg d’Alfred Machard. L’analyse des caractéristiques narratives des romans qui mettent en scène des bandes d’enfants permettra peut-être d’expliquer le succès du phénomène dans les romans pour la jeunesse : Deux ans de vacances (1888) de Jules Verne, Émile et les Détectives (1929) d’Erich Kästner, Les Compagnons de l’Aubépin (1938) de Maurice Genevoix, Sa Majesté des mouches (1954) de Golding. Le roman scout introduit une différence intéressante entre la bande d’enfants, moins organisée, parfois marginale, et les groupes très structurés des scouts qu’il conviendrait d’étudier. Certaines collections pour la jeunesse ont privilégié le thème de la bande, comme la Bibliothèque « Rouge & Or », avec des romans de Paul Berna tels Millionnaires en herbe ou Le Cheval sans tête. Les séries « Le Club des cinq » et « Le Clan des sept » d’Enid Blyton, « Les Six compagnons » de Paul-Jacques Bonzon etc. ont fait le succès des bibliothèques rose et verte. Elles obéissent toutes apparemment à un même canevas narratif : la bande d’enfants se constitue en société d’enquêtes ou de recherches[3] pour pallier les carences des adultes et venir en aide à un autre personnage en déjouant les projets maléfiques d’un ennemi commun. Même les cycles romanesques, qui font évoluer et vieillir un héros, n’échappent pas au phénomène de la bande, comme le trio constitué par Harry Potter et ses deux compagnons qui s’étoffe en « armée de Dumbledore » dans le cycle de Rowling.

Ce colloque s’inscrivant dans un programme de travail sur les « sociabilités juvéniles », avec une dimension historique, sociologique ou juridique, on souhaite confronter ces fictions (littéraires ou cinématographiques) avec les phénomènes contemporains que constituent non seulement les bandes d’enfants du Tiers Monde (dans les favelas brésiliennes, en Inde), les bandes d’enfants soldats organisées par des adultes criminels, mais aussi les bandes d’adolescents de plus en plus jeunes qui animent les banlieues des grandes villes européennes.

Merci d’adresser vos offres de contribution à evelyne.thoizet4@free.fr pour le 15 juin 2010. Le comité scientifique privilégiera les propositions se donnant si possible un spectre large, ne se réduisant pas à l’approche monographique d’une seule oeuvre ou d’un seul cas.

Le centre « Textes et Cultures » prendra en charge les frais d’hébergement des intervenants retenus (hôtel remboursé sur la base du forfait réglementaire) et les repas. Il n’y a pas de frais d’inscription.

[1] Mémoires d’outre-tombe, (1841), François René de Chateaubriand, Le Livre de Poche, Tome III, p 198-199.

[2] Jean-Jacques Yvorel, «De Delacroix à Poulbot, l’image du gamin de Paris», Revue d’histoire de l’enfance irrégulière, Numéro 4, 2002, http://rhei.revues.org/document52.html.

[3] Voir aussi les romans de Dhôtel pour la jeunesse, et notamment dans L’Enfant qui disait n’importe quoi (« société de recherches »).

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