Blog » 23 juil 2008 - 0 commentaires

La nostalgie du chaos

Blog » 22 juil 2008 - 0 commentaires

Tératologie

Lolita M'Gouni

 

Le petit bocal de Lolita nous renvoie aux beautés tératologiques sous verre de la fin du dix-neuvième siècle et en particulier à l’Ange du bocal de Dubut de Laforest dont voici un passage :

“Seule devant une cheminée sans feu, la fille Deyrinas est en prières. Aux lueurs d’une veilleuse, les joues pâles et plombées, les reins maigres et tordus, les jambes molles, les mains tremblantes d’amour, l’oeil hagard, elle contemple, admire, entre des vases de fleurs artificielles et au-dessous d’une Vierge de plâtre, un énorme bocal rempli d’alcool : ci-gît un extrait de création humaine, le fruit de Rose, l’ignoble et hâtif résultat de son laboratoire criminel -toute sa jeunesse, toute sa beauté, toutes ses espérances. Mais Rose, après la faute, voulait donner le jour à un être ; elle voulait attendre sa chair ; les parents ne l’ont pas voulu. La malheureuse est l’inconsciente victime des manoeuvres abortives, les secousses triomphantes déséquilibrèrent l’esprit et le corps de l’avortée : Rose Deyrinas vit et meurt d’illusions. Pour elle -pour ses yeux rouges de larmes, pour ses entrailles déchirées et violées, pour son pauvre coeur -l’infâme liquide se transforme : le bocal est un berceau ; le monstre est un ange !”

Dubut de Laforest, “L’ange du bocal”, Contes pour les hommes, Dentu, 1892.

 

Nous pensons aussi à l’homme à deux têtes italien, Giovanni et Giacomo Tozzi, né le 4 Octobre 1877, à Tocana en Sardaigne, et qui a servi de modèle à Mark Twain pour écrire Pudd’nhead Wilson and Those Extraordinary Twins en 1894 (dans ce récit, les frères se nomment Angelo et Luigi Capello). Rappelons à ce propos que la tératologie finiséculaire fait écho à une des préoccupations majeures de la Décadence, à savoir, la monstruosité de l’oeuvre qui est également le sujet de cette nouvelle, que nous vous donnons à lire, de Jules Janin, intitulée La Femme à deux têtes…

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Blog » 19 juil 2008 - 0 commentaires

Paris was a woman

Blog » 18 juil 2008 - 0 commentaires

Plus il y a de fous -littéraires- plus on lit

 

Nous les avions rencontrés au dernier Colloque des Invalides ; ils nous narguaient alors de la sortie prochaine de leur Cahiers de l’Institut (International de Recherche et d’Exploration sur les Fous Littéraires). Ils ne sont sortis qu’en Juin, ça les apprendra !

Immédiatement, à la lecture du sommaire, notre regard se crispe sur le nom de  Marcel Réja. Ce pseudonyme cache en réalité l’aliéniste Paul Meunier,  auteur d’une thèse en 1900 sur les Mesures de quelques modifications physiologiques provoquées chez les aliénés par l’alitement thérapeutique, et qui n’est autre que le préfacier d’Inferno d’August Strindberg, le confident de Munch, l’ami d’Henry de Groux et surtout le collaborateur du Docteur Marie, médecin-chef à l’asile de Villejuif. C’est à son contact qu’il rédige sous le nom de Réja un article illustré sur l’art des fous dans La Revue Universelle.  Il précisera sa pensée en publiant en 1907, au Mercure de France : L’Art chez les fous. L’originalité de Réjà est de situer les productions des aliénés dans le registre esthétique et de s’extraire du cadre médical en reconnaissant aux oeuvres un statut littéraire, artistique ou émotionnel qui n’est plus seulement symptomatique. Notons que nous devons également au gus une formidable enquête sur le monde des charlatans, faux médecins, prestidigitateurs, intitulée Au pays des miracles. Le texte ici présenté date de 1901 et s’intitule L’Art malade : dessins de fous.

Décimo et sa bande reprennent donc dignement, mais un peu follement, il faut bien le dire, le flambeau de Nodier, Queneau et Blavier et nous vous invitons vivement à partager leur passion du déglingué.

 

AU SOMMAIRE :

 

Marc DECIMO Editorial. Le Services des Objets trouvés
André STAS Qu’est-ce que l’Institut ?
Jean-Jacques LECERCLE Eloge des fous littéraires
Marc DECIMO Comment s’y prendre avec les grenouilles qui sexepriment. Actualités autour de Jean-Pierre Brisset (1837-1919)
Jean-Pierre BRISSET Extrait de ses Oeuvres Complètes
Marc LOWENTHAL The Science of God or The Creation of Man. Jean-Pierre Brisset
Michel LONGUET Jean-Pierre Brisset est un petit homme…
Allen THIHER Folie et Littérature
Michel CRITON Mathématiciens en folie
Paolo ALBANI La contrainte et les fous littéraires
Matthijs VAN BOXSEL La Morosophie
Michèle NEVERT et Alice GIANOTTI Les Anonymes du siècle. Manuscrits asilaires de Saint-Jean-de-Dieu : Première traversée
Lansana BERETE Adolphe Ripotois (1904-1954)
Frédéric ALLAMEL Du sang dans les branches de sycomore. Mort et résurrection de Billy Tripp
Tanka G. TREMBLAY Pourquoi les fous littéraires ? Nodier : doxographe d’une hétérodoxie
Marcel REJA L’Art malade : dessins de fous
Claire MARGAT Eros et Thanatos dans l’oeuvre symboliste de Gustav Adolf Mossa.

Les Cahiers de l’Institut
178 pages, 25 euros
Abonnement (2 livraisons) 50 euros

IIREFL
1, rue du Tremblot
54122 Fontenoy-la-Joûte
06 88 74 58 68
iirelf@orange.fr

Blog » 14 juil 2008 - 0 commentaires

A.F vaincra !

“Admettre la corruption de l’armée, c’est croire à la corruption de la nation elle-même. Accuser les sous-officiers de vol et concussion, c’est accuser ces modestes travailleurs qui, dans nos administrations tant privées que publiques, dans nos usines, dans nos ateliers auxiliaires de cette prospérité dont notre immortelle Exposition a donné un éclatant témoignage.

 

 

 

 (…) Il nous est douloureux de nous étendre sur un pareil sujet, et, sans notre désir ardent de ne pas laisser debout une seule des poutres de cet échaffaudage de carton qu’est Sous-offs, nous nous arrêterions ici. D’ailleurs le sujet que nous traîtons maintenant est d’une gravité exceptionnelle. Il ne suffit plus de donner un aperçu du livre, il faut en citer des passages entiers, pour n’être point taxé d’invraisemblance et de parti pris dans sa réfutation. Laissons la parole à M. Descaves. Puisqu’il a osé porter le vilebrequin du cynisme dans le tonneau de la honte, qu’il en boive l’amère liqueur.

 

(…) page 201 :

“C’était jour de repos officiel, jour de trêve. Le gros numéro et le numéro matricule prenaient campos. La Prostituée suspendait l’adultération du sang français que la patrie lui abandonne, quand ses chantiers de carnage n’en ont pas soif.”

 

C’est encore le 14 juillet qu’on n’a pas honte de choisir pour lancer un crachat à la face de la Patrie. O jour anniversaire de la prise de la Bastille, jour immortel, où le sang d’un peuple secouant ses chaînes a scellé le monument de la Liberté future, c’est en vain que des reptiles visqueux essayent de te souiller de leur bave ; tu es un soleil radieux et sans tâche, qui planes trop haut dans les cieux modernes pour que l’outrage puisse t’atteindre jamais !

 

Une imagination en délire aura beau vouloir te représenter, fête auguste, comme une odieuse saturnale, comme une priapée abjecte, tu n’en resteras pas moins le grand jour, sacré entre tous, où pas un français - si ce n’est peut-être M. Descaves- n’oserait se déshonorer par une intempérance qui ferait la joie de nos ennemis ! Ils ne sont pas nés en France, les ivrognes du 14 Juillet ! “

 

Georges Darien, Edouard Dubus, Les Vrais sous-offs : réponse à M. Descaves 

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