Les âmes d'Atala

  • Blog
  • Contact
  • Qui sommes-nous ?
  • RSS

25/07/2008

Mauvaise

Voici une chronique lue dans le skinzine lillois Mauvaise :

 

 

Emile Cohl et André Gill

Finitude est une maison d’édition bordelaise qui donne, entre autres joyeusetés, dans le fin-de-siècle avec notamment cet Art de se conduire dans la société des Pauvres Bougres enseigné aux gens du monde, écrit par une mystérieuse Comtesse de Rottenville et initialement publié dans un recueil intitulé La Muse à bibi, en 1879. En fait se cache derrière les jupes de la comtesse éructante un des caricaturistes les plus en vue de la fin du dix-neuvième siècle, André Gill (1840-1885) qui ici, enseigne au bourge l’art de se conduire chez le prolo. André Gill a commencé à publier ses caricatures dans Le Hanneton, « journal des toqués » avant de rejoindre les rangs de l‘Hydropathe et du Chat Noir. L’anecdote raconte qu’il a peint une enseigne pour un cabaret Montmartrois s’appelant « A ma campagne » (après s’être appelé « Au rendez-vous des voleurs » et « le Cabaret des assassins »), en représentant un lapin dans une casserole, un litre de vin à la main. Le « lapin à Gill » est devenu avec le temps « Le lapin agile ». Bref. Le gus a de l’humour, tellement que ça l’a conduit à l’asile de Charenton après qu’il ait tenté de délivrer Blanqui qui, à l’époque, il faut le préciser, était déjà mort depuis plus d’un an.

 

Dans ce petit opuscule, édité à compte d’auteur (à l’enseigne de la « Librairie des Abrutis »), Gill renoue avec la tradition -très dix-huitième- des traités de savoir-vivre. Généralement, ces ouvrages ont pour tâche d’éduquer l’homme du peuple, en lui confiant les règles de bonne conduite qu’il convient de respecter lorsqu’on évolue dans la Haute. Ici, c’est tout le contraire. Gill donne une série de conseils avisés au bourge aventurier qui désire s’asseoir à la table du menu peuple et surtout à celui qui ne veut pas se faire botter le cul par le travailleur. En dernier ressort, s’il ne peut éviter la beigne, il lui apprend à la recevoir dignement, non pas en regard de sa condition d’honnête homme, mais aux yeux du prolo, puisque l’auteur prend soin, avec toute l’ironie qui caractérise sa plume, de souligner que ce dernier a bien plus de morale et d’honneur, en définitive, que ceux et celles qui l’exploitent. (Par ailleurs, si on peut se permettre, ce n’est pas sa qualité première, pas plus que la fierté d’être exploité. On peut être fier d’être prolétaire et vouloir la fin du prolétariat ! N’est-ce pas les ami-es ?) Allez ! Quelques extraits pour la route :

 

« Une supposition que l’honnête prolétaire vous invite à dîner. Ca n’est pas probable, mais enfin ! Je suppose. Faut tâcher de vous tenir ». « Lorsque vous rencontrerez un travailleur de votre connaissance, commencez par lui foutre une vigoureuse poignée de main. Après, ne vous essuyer pas la pince à votre mouchoir ou votre paletot, vous auriez l’air de dire que le pauvre bougre a les mains sales. Au contraire, soyez heureux d’avoir pu frotter vos pattes de feignant aux crânes abattis du peuple. Si l’honnête prolétaire vous offre une tournée, vous devez l’accepter sans faire le malin, san s parler de votre estomac ruiné. Si vous n’êtes qu’une andouille, c’est pas la peine de le faire voir ».

 

 Ou enfin, « Sot et suffisant comme vous l’êtes, il vous arrivera plus d’une fois de froisser ou d’insulter le prolétaire. S’il vous en demande raison, faut lui en rendre raison. S’il vous propose de sortir, faut sortir. Evidemment, la perspective d’une ratapiaule vous fera ch..anceler dans vos calintes. N’importe ; vous avez manqué à un homme qui vaut mieux que vous ; faut se foutre un coup de torchon. »

 

« Après ça, vous ferez pas mal de rappliquer à votre turne, et de vous coller au pieu. Vous serez probablement moulu et courbaturé une quinzaine… Mais vous aurez la consolation de vous dire : -Je me suis conduit proprement. Une fois n’est pas coutume. »

 

Laisser un commentaire

« La nostalgie du chaos Suctustupration »

 

Publications

  • Amer n° 1
  • Amer n°2
  • L'égoïste de Marcel Schwob
  • La Perverse de Marcel Schwob
  • La Voluptueuse de Marcel Schwob
  • Noir & blanc
  • Olga ou pourquoi j'ai cousu ma chatte
  • — Amer Hors Série Enfants
  • — Amer n°3
  • — Amer n°4
  • — Amer n°5

Liens

  • Au carrefour étrange
  • Barbotages
  • Bibliothèque
  • Bohème littéraire
  • Chéribibi
  • Claude Izner
  • Cynthia 3000
  • Dubut-de-Laforest
  • Feuilles d'automne
  • Gallica
  • Gus Bofa
  • Han Ryner
  • Huysmans
  • Il y a un siècle
  • Jean Lorrain
  • L'Alamblog
  • L'arbre vengeur
  • L'éditeur singulier
  • L'incontournable
  • La Belle époque
  • La fée verte
  • La main de singe
  • La porte ouverte
  • Le Boucher
  • Le cabinet de curiosités d'Eric Poindron
  • Le chat noir
  • Le chat rouge
  • Le frisson esthétique
  • Le Grognard
  • Le Moine Bleu
  • Le Sandre
  • Les amateurs de Remy de Gourmont
  • Les Féeries intérieures
  • Les frères Goncourt
  • Les petites revues
  • Listes ratures
  • Lucien Descaves
  • Marcel Schwob
  • Maupassant
  • Miscellanées
  • Octave Mirbeau
  • Oscar Wilde
  • Paris violence
  • Pierre Michel
  • Plume
  • Raoul Ponchon
  • Richepin
  • Ritagada
  • Savoir Vivre ou Mourir
  • Some cool stuff
  • Vialatte
  • Zet Suko

Archives

  • May 2012
  • April 2012
  • March 2012
  • February 2012
  • January 2012
  • December 2011
  • November 2011
  • October 2011
  • September 2011
  • August 2011
  • July 2011
  • June 2011
  • May 2011
  • April 2011
  • March 2011
  • February 2011
  • January 2011
  • December 2010
  • November 2010
  • October 2010
  • September 2010
  • August 2010
  • July 2010
  • June 2010
  • May 2010
  • April 2010
  • March 2010
  • February 2010
  • January 2010
  • December 2009
  • November 2009
  • October 2009
  • September 2009
  • August 2009
  • July 2009
  • June 2009
  • May 2009
  • April 2009
  • March 2009
  • February 2009
  • January 2009
  • December 2008
  • November 2008
  • October 2008
  • September 2008
  • August 2008
  • July 2008
  • June 2008
  • May 2008

Accessibilité

  • Log in