Les âmes d'Atala

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29/06/2008 - Commenter

R.I.P Cristal.

QUE LE COQ CHANTE OU NON,

LE JOUR SE LEVE.

proverbe libanais

28/06/2008 - Commenter

Alfred Jarry présente…

Les piétons écraseurs

 

 

 

L’opinion publique s’est émue, à l’occasion de la course d’automobiles Paris-Berlin, de l’incident suivant : dans une des villes neutralisées, un enfant de dix ans a voulu traverser devant l’un des véhicules qui roulait à l’allure très modérée de douze kilomètres à l’heure, et a été tué sur le coup.

 

C’est là, à notre avis, une chose excellente, pour des raisons que nous allons exposer. Les touristes à bicyclette ou à bicycle, en l’an 1888 ou 1889, étaient insultés en langue aboyée, mordus et incités à choir, jusqu’à ce que les chiens, ainsi qu’on le constate aujourd’hui, eussent pris l’habitude de se ranger, comme d’une voiture, du nouvel appareil locomoteur. L’éducation canine parachevée, les cravaches et autres engins de défense du cycliste en ces temps reculés ont pu aller rejoindre les démonte-pneus de l’âge de pierre.

 

L’être humain adulte en est venu, quoique plus lentement que son compagnon quadrupède, à laisser le passage libre aux véhicules rapides. L’homme à pied ne grouille plus par bancs sur les trottoirs cyclables, par contre l’ours y est assez commun, au voisinage des roulottes de nomades, et nous y rencontrâmes un jour, au mépris des règlements, jusqu’à un cheval surmonté d’un officier français.

 

L’être humain en bas âge, l’enfant, puisqu’il faut l’appeler par son nom, s’exerce au courage des guerres futures en traversant, par bravade, les routes devant les cycles et les automobiles. Notons qu’à l’exemple de certaine peuplade sauvage, qui manifeste sa valeur en montrant son derrière à l’ennemi, mais chez qui une telle témérité n’est point d’usage trop près de l’ennemi, l’enfant ne s’amuse à courir ce péril que quand le péril est encore éloigné, c’est-à-dire quand le véhicule n’arrive pas très vite. L’accident de Paris-Berlin s’est produit logiquement, par suite de l’absurde idée de « neutraliser » les villes. Il est même extraordinaire qu’un seul enfant, et pas dix mille personnes ayant atteint depuis longtemps ce qu’on est convenu de dire l’âge de raison, n’aient point gambadé devant les coureurs qui leur donnaient le temps de le faire. En revanche, on remarquera qu’aucune collision n’a eu lieu sur la route, parcourue à près de cent kilomètres à l’heure.

 

Ajoutons, pour justifier notre titre, que le piéton court moins de risques que le cycliste ou le chauffeur ; il s’expose à une simple chute de sa hauteur et non à une projection hors d’un appareil de vitesse, ni au bris de cet appareil précieux ; donc, jusqu’au jour où cette folie n’aura point cessé, de laisser circuler des gens à pied, non munis d’autorisation préalable, de plaque indicatrice, frein, grelot, trompe et lanterne, nous aurons à vaincre ce danger public : le piéton écraseur.

 

 

Alfred Jarry, « Les piétons écraseurs »
La Revue blanche, 15 juillet 1901, pp. 466-467)

  

 

 

27/06/2008 - Commenter

La question des chiens

LA QUESTION DES CHIENS

Opinion de Bibi
A Toumine John
M’sieu Loze, not’ préfet d’police,
Contre les cabots entre en lice.
Il paraîtrait que tous les maux
Nous vienn’nt de ces brav’s animaux.
J’dis qu’il a tort de fair’ des niches
A nos bons amis les caniches.
Y’ a qué’qu’un qu’offre plus d’ danger :
C’est l’ brav’général Boulanger.
Les chiens, errant à l’aventure,
N’aspirent pas à la dictature.
Quelque temps qu’il fass’, chaud ou frais,
lls ne voyag’nt pas à nos frais.
Ils ont un’ conduit’ polissonne ;
Mais, quoi, ça n’ fait d’mal à personne.
Y’ a qué’qu’un qu’on d’vrait attacher :
C’est l’ brav’ général Boulanger.
«Les chiens mord’nt», dit-on ; c’est un’ craque :
I’s n’mord’nt que c’lui qui les attaque,
Et puis, i’s sont très rigolos,
Quand ils se dis’nt bonjour dans l’dos.
Leur voix, à tort’ on la critique :
I’s n’aboient pas d’ la politique.
Y’ a qué’qu’un qu’on devrait mus’ler :
C’est l’brav’ général Boulanger.
La polic’ les pig’ par derrière,
Pour les conduire à la fourrière.
D’vant la rousse, i’s sont nos égaux,
Car, leurs bêt’s noir’s c’est les sergots.
Au lieu de conduire à la chaîne,
Ces copains de la race humaine,
Y’ a qué’qu’un qu’on devrait piger :
C’est l’braY’ général Boulanger.
De pitié j’ sens mon cœur se fendre,
Quant, comm’ des bandits, j’les vois pendre.
S’ passant d’ cour d’assis’s et d’ jurés,
On les execut’ sans curés.
L’ bourreau, sans tambour ni trompette,
Leur-y serre la margoulette.
Y’ a qué’qu’un qu’on d’vrait nettoyer:
C’est l’ brav’ général Boulanger.

Jules Jouy, 12 juillet 1888.

Retrouver le gaillard dans le n°2 d’Amer, la revue finissante ! ¨Photo de Sébastien Fantini ! Retrouvez-le aussi dans Amer !

24/06/2008 - Commenter

Manuel de civilité pour les petites filles

Avec les domestiques

Si vous êtes une petite fille extrêmement baiseuse, si vous avez tout le temps la chemise pleine de foutre et les draps couverts de taches, branlez un peu la bonne pour qu’elle ne dise rien.

Ne sucez jamais le valet de chambre en présence de la cuisinière. Elle serait jalouse et vous dénoncerait.

En montant dans l’automobile de vos parents, n’embrassez pas le chauffeur dans le cou, même si vous lui êtes très reconnaissante de ce qu’il vient de vous baiser six fois.

Ne vous plaignez pas à madame votre mère de ce que la nouvelle bonne ne veut pas vous faire minette. Faites la chasser sous un autre prétexte.

N’enculez pas de force la femme de chambre avec un manche à balai. Vous pourriez lui faire très mal.

Quand votre bonne anglaise est endormie, ne lui coupez pas les poils pour vous faire des moustaches blondes.

Si la cuisinière veut bien vous laisser examiner sa connasse dans tous les détails, ne fourrez pas dedans du poil à gratter.

Si vous surprenez la fille de cuisine en train de se branler avec le rouleau à pâtes, ne le répétez pas à madame votre mère. Quand une pauvre fille est en chaleur, elle prend ce qu’elle a sous la main.

Ne faites pas feuille de rose à vos domestiques. C’est un service que vous pouvez leur demander mais qu’il est plus convenable de ne pas leur rendre.

N’entrez jamais à l’office en relevant vos jupes jusqu’à la ceinture et en criant : “Pinez-moi donc tous !” Ces gens n’auraient plus de respect pour vous.

Quelque soit la vénalité du valet de chambre qui vous enfile, ne lui donnez pas un bijou de madame votre mère chaque fois qu’il montera sur vous.

N’exigez pas d’une femme de chambre qu’elle vous fasse minette plus de deux fois par jour. Il ne faut pas fatiguer les domestiques.

Pierre Louÿs, Manuel de civilité pour les petites filles
à l'usage des maisons d'éducation
Retrouvez un Pierre Louÿs poète dans le premier numéro d'Amer, revue finissante, ici téléchargeable ! 

24/06/2008 - Commenter

Domesticisme [8]

Baxter, Jérome Boivin, 1989

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